Les chercheurs américains Camelia Kuhnen (Kellog School of Management) et Brian Knutson (Stanford University) ont publié en 2005 un papier intitulé : « The Neural Basis of Financial Risk Taking ».
Leur conclusion est que les zones du cerveau activées pour prendre une décision financière (donc prendre un risque) sont influencées par la zone dédiée au plaisir. Selon eux, un trader observant une photo érotique prendra des décisions financières plus risquées. Inversement, si l’image d’un squelette est scotchée sur son bureau, son aversion au risque augmente et ses décisions sont presque trop raisonnables.
Le magazine Wired a un article sur le sujet dont je vous conseille la lecture.
La crédibilité des institutions pour lesquelles travaillent les deux chercheurs me force à considérer leurs arguments. Travaillant tous les jours dans une salle de marché, j’essaierai de détecter dans nos comportements une éventuelle influence.
Le langage est fleuri. Le marché « prend cher », le carnet « se fait défoncer », un concurrent rentre dans des « positions de puceau ». Je ne cite que les plus respectables des locutions entendues sur le floor. Quand les choses partent mal ou qu’un imprévu se produit, le stress fait remonter des tripes des phrases parfois inadmissibles dans un contexte professionnel.
Ce petit monde est très masculin, peu de femmes évoluent dans les salles de marché ; la proportion de trader féminin est équivalente à celle de femmes pompier. La testostérone plane dans les allées. Mais dès le seuil franchi vers l’extérieur, ces polytechniciens éduqués reprennent leurs habitudes civilisées, respectent leur femme et chérissent leurs enfants.
Comme dans toute corporation, un argot de finance de marché s’est développé. Il varie d’une banque à l’autre et le maîtriser est indispensable pour comprendre et se faire entendre de ses collaborateurs.
Il est possible qu’une image olé-olé influence un opérateur financier ; mais pour quelle raison ? Je pense que c’est plutôt l’environnement direct qui les prédispose à réagir à des stimuli venant d’au-dessous de la ceinture. Si le trader anglo-saxon peut parfois se limiter aux horaires d’ouverture des marchés, le Français travaille entre dix et quatorze heures par jour. Dans ces conditions, il est naturel que l’endroit où il passe le plus de temps déteigne sur son propos. Cependant ce n’est pas si simple.
Considérant que ces individus sont baignés de références sexuelles est-il raisonnable de penser qu’une photo dénudée influencerait leur décision ? Je ne crois pas. Un opérateur de marché doit posséder la qualité fondamentale de faire la part des choses entre l’accessoire et l’important. On peut rire de la façon dont le marché bouge mais beaucoup moins de l’action que l’on compte y opérer.
Enfin on ne fait pas une histoire à 5 milliards pour une photo ; l’argent est un stimulant suffisant.
06/04/2008
Finance + Sexe
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